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L'univers de l'Espace
Reine de Saba












Architecture yéménite

Histoire, origines, définition

Une civilisation de plus de trois millénaires

Au bord de la mer Rouge et de l’océan Indien, les peuples d’Arabie du sud bénéficient depuis plus de trois mille ans, d’une situation géographique exceptionnelle et d’un climat tropical assez tempéré.

Cette région a été rendue fertile grâce aux pluies de mousson qui l’arrosent deux fois par an, et aussi grâce au travail de l’homme qui réalisa maintes retenues de terre et d’eau dans des régions parfois peu fertiles. Sédentarisés, les hommes ont développé et créée des "routes caravanières" intérieures qui traversaient le désert du rub’ al-Khâli sûres et rapides, avant que plus tard, ne soient découverts les courants et les vents marins de la mer Rouge qui allaient les détrôner au profit des routes maritimes. Des royaumes, garantissant le passage et des haltes nécessaires, avec eau, alimentation et fourrage se sont développés. Mais c’est surtout en taxant les caravanes chargées de multiples produits venant d’extrême-Orient et du Croissant fertile que ces royaumes se sont enrichis.

Le revenu de ces taxes prélevées notamment sur les aromates, l’encens et la myrrhe, les métaux précieux et les étoffes, leur ont permis d’accroître leur pouvoir, de construire des villes fortifiées, des canalisations, des barrages, et d’irriguer d’immense plantations, de céréales et de dattiers.

Ces cités antiques représentaient un cas exceptionnel dans toute la région. En effet, sous la forme de relais, elles constituaient la plus forte densité de cités-royaumes qui, comme un chapelet égrainé, s’étendait presque jusqu’en Palestine. Ainsi, arrivaient et circulaient des idées et des savoir-faire, et les nouvelles provenant des autres mondes... On découvrait et échangeait des objets et des techniques.

Il arriva même un jour au Yémen des statues de bronze gréco-romaine !

Cinq grands royaumes sudarabiques

Les grands royaumes remontent au VIIIe s. av. J.-C. et étaient au nombre de cinq :

  • le royaume de Saba -le plus ancien- qui avait pour capitale Maareb, du VIIIe s. av. J.-C. au VIe s. ap. J.-C. (correspondant à à la disparition de ces royaumes et à l’avènement de l’Islam).
  • le royaume du Hadramawt, (capitale Shabwa) ; du Ve s. av. J.-C. au Ve s. ap. J.-C., et fut rapidement annexé par les Sabéens.
  • le royaume de Maïn (capitale Yathill ou Barrakech), du IVe e av. J.-C. à vers 350 de notre ère, fut aussi annexé par les Sabéens.

et plus au sud :

  • le royaume de Qatabân (capitale Timna), du IVe s av. J.-C. jusqu’en 175 de notre ère.
  • le royaume d’Awsân (capitale ‘Awsân), annexé par Saba vers VII av. J.-C.

Puis apparut un autre royaume dans les montagnes, qui est la base du Yémen contemporain :

  • le royaume d’HIMYAR (capitale Zafâr, proche d’Ibb), qui commença à exister vers le I ou IIe s. av. J.-C.
  • Les Himyarites se convertissent au judaïsme vers l’an 380, jusqu’en 520-525, date de leur conversion au Christianisme jusqu’en 570, où il est conquis par les Perse (confession juive). Il adhère à l’Islam en 631, du temps de Mahomet.

Le Yémen est le premier pays au monde convertit à l’Islam.

Une région très convoitée

On comprend bien pourquoi à travers son histoire ancienne, cette région productrice d’aromates et de senteurs, détentrice de ports d’escales, où circulaient d’innombrables caravanes chargeant et déchargeant des sacs venant d’Europe ou de Chine, suscita de très nombreuses convoitises.

Le commerce entre les royaumes sudarabiques et les grands du nord, dont l’Egypte pharaonique, ceux de la Méditerranée et de l’océan Indien, remonte à environ 5000 ans. On sait surtout, grâce à des inscriptions sur le temple du Deir-al-Bahari que la reine Hatchpsout, vers 1500 avant J.- C. avaient envoyé ses navires au pays de Pount (en actuelle Somalie), puis en Arabie du sud.

“...on charge bien haut les navires avec les trésors de Pount et avec toutes les belles plantes du pays du dieu, avec des tas de résine et de myrrhe, avec des arbres à myrrhe encore vert, du bois ébène, de l’ivoire pur, de l’or rouge du pays d’Amou, des bois odoriférants, avec diverses sortes d’encens et de fard pour les yeux, des cynocéphales, des guenons et des lévriers, des peaux de léopards, des esclaves avec leurs enfants - jamais chose pareille n’a été apportée à n’importe quel roi depuis toute éternité”.

Plus tard encore, ce commerce s’intensifia sous Thoutmosis III (1504-1450), Sétie 1er (1312-1298), Ramsès II (1198-1166), et le roi d’Israël, Salomon (970-931).

La flotte du roi Salomon, basée à Ecyon-Géber, près d’Eilat rapportait d’Ophir ( ?), d’Arabie, d’Afrique et d’Indes nombre de biens précieux, or, argent, ivoire, animaux, épices, encens et myrrhe. C’est à cette époque que l’on situe la visite de la reine de Saba (appelée Bilkis, par les Sabéens, prénom encore très répandu au Yémen d’aujourd’hui, ou Makéda par les Abyssiniens), qui est venue d’Arabie pour rendre visite au roi Salomon à Jérusalem,

« avec une grande suite et un riche équipage, avec des chameaux qui portaient des aromates et une quantité infinie d’or et de pierres précieuses. »

Alors qu’un canal était construit par Néchao entre le Nil et la mer Rouge (à Ismaïlia), les Grecs, les Perses et plus tard les Romains, s’intéressèrent à commercer, voire à contrôler cette région si riche et tant convoitée.

Par l’historien Strabon, l’empereur romain, Auguste ordonna à Aelius Gallus, préfet en Egypte d’entreprendre une expédition en Arabie en 25-24 avant J.-C. Désireux de contrôler cette fameuse “route des épices et de l’encens”, comme ils le firent au nord, à Pétra, Bosra et à Palmyre, les Romains arrivèrent à Barrakech et même à Maarib, avant d’être disséminés et anéantis, dit-on, par le typhus.

Cette expédition ne fut pas qu’un échec, puisqu’ils comprirent qu’ils pouvaient s’approvisionner directement en encens et en myrrhe dans les ports du Hadramawt (Aden, Qana, Shihr...) et du Dhofar, et qu’ils pouvaient se passer des intermédiaires de l’Arabie déserte pour acheter les aromates et épices provenant d’Afrique, d’Inde et d’Orient. Pline l’ancien (23 ap. J.-C.-79), relate de sommes considérables engagées dans le commerce avec la Corne de l’Afrique et dit que Néron fit brûler en l’an 65, plus d’encens pour les funérailles de sa femme que n’en produisait l’Arabie heureuse.

Origines des maisons-tours

Les premières recherches archéologiques au Yémen sont récentes et datent seulement d’une soixantaine d’années. Pendant de longs siècles, les territoires sudarabiques étaient interdits aux explorateurs et aux savants étrangers ; les tribus et les bédouins gardant jalousement les terres de leurs ancêtres. Ne dit-on pas encore que le site de Barrakech, dans la région du Jâwf, doit son magnifique état de préservation, grâce à la présence permanente et à la zizanie incessante de trois tribus qui revendiquent leurs origines et ce territoire ?

Ainsi, les pierres des remparts n’ont pas été prises pour bâtir d’autres édifices proches, ni volées, comme cela a été le cas dans de nombreux sites antiques.

Certains aussi, se souviennent des conséquences malheureuses des fouilles ambiguës menées à Maareb par les Américains, sous la direction de Wendel Philips en 1950, et qui ayant réveillé la rage et la suspicion de l’imâm Ahmed ont entraîné l’arrêt des recherches archéologiques dans l’ex-Yémen du nord, troubles régionaux aidant, jusque dans les années 1975.

Aujourd’hui encore, par manque d’archives écrites, connues et consignées, les origines de l’architecture vernaculaire des montagnes du Yémen sont bien mal connues.

Il faut se référer à quelques historiens voyageurs anciens dont al-Hasan al-Hamdani qui fit escale au Yémen au Xème siècle de notre ère, et qui a décrit l’existence d’un palais de vingt étages à Sanaa, et aussi au voyageur marocain Ibn Battutâ (1303-1377). Nous pouvons aussi nous référer aux connaissances des chercheurs contemporains et passionnés et globalement à l’histoire du pays et à celles des peuples qui l’ont influencé.

Ce sont aussi les archéologues qui nous apportent des informations précieuses sur l’origine de la maison-tour yéménite. Bien que leurs recherches soient loin d’avoir abouties, des hypothèses sérieuses, liées aux fouilles et aux découvertes menées durant ces trente dernières années par les missions archéologiques françaises, à Shabwa, et as-Sawdâ, notamment, américaines à Maareb et à Timna, soviétiques à Raybûn, italiennes à Barrakech, allemandes et américaines à Maareb, permettent d’avoir une idée plus exacte de l’architecture des civilisations préislamiques.

Selon certains résultats publiés et menés à Shabwa (par Jacqueline Pirenne, et ces dernières années par Jean-François Breton), le choix de concevoir une architecture verticale remonterait à plusieurs siècles avant l’ère chrétienne.

La plupart des cités antiques étaient bâties sur un tell, une sorte petite colline naturelle souvent isolée mais proche d’un wâdî, qui s’est surélevée peu à peu au fil des ans, des siècles et des occupations multiples par l’accumulation de constructions, de ruines et de débris divers. Certains sites, accessibles au grand public, sont très évocateurs comme ceux de Timna, Maareb, Raybûn, Barrakech, ...

Même si celui de Shabwa ne présente plus la grandeur des monuments d’antan qu’il détenait, plusieurs vestiges d’édifices dégagés comme le palais (dont la construction remonterait deux à trois siècles avant notre ère), permettent aisément de se rendre compte de l’antiquité de la maison-tour. Des hauts murs bien maçonnés sont montés en gros ou en petit appareil, des pierres de calcaire blanc sont liaisonnées au mortier de terre. Il subsiste des traces de murs en briques crues. Des escaliers monumentaux, des places et des rues aux vastes proportions démontrent le soucis du décor fin et de la "belle architecture".

Il est même supposé que de nombreuses habitations étaient plus étagées que les édifices religieux ! D’autre part, les hauts murs des remparts de Timna, ou de Barrakech aux pierres parfaitement appareillées et mouchetées sont sans doute les ancêtres des maisons-forteresses que l’on rencontre dans les hautes montagnes du Sarât (du centre du pays).

Des dédicaces inscrites pour la plupart dans les murs de plusieurs sites antiques, rappellent les dates des constructions et parfois leur nombre d’étages, trois, quatre, six étages.

Le système de construction qui jadis utilisait bien plus de bois (on suppose que la déforestation n’avait pas atteint des limites et le niveau d’aujourd’hui), reposait sur les élévations des murs de pierre sèche. Elles utilisaient un ensemble de travées juxtaposées dont l’agencement est paraît-il semblable de nos jours.

Le goût et le soucis constant portés pour les lignes rectilignes, la pierre bien appareillée, les effets rendus par les ombres et les lumières et pour la représentation décorative sont évidents. N’ont-ils pas constitué les bases techniques et esthétiques, les exemples mêmes pour les futurs édifices ?

De nombreux fragments de panneaux décoratifs représentant des alignements de frises décoratives aux têtes d’ibex, de face ou de profil, des lions et des chevaux ailés et des taureaux ont été découvert. Ne sont-ils pas, comme certaines légendes le disent encore, les bases mêmes de certains décors qui se perpétuent encore de nos jours ?

Suite à l’abandon progressif des cités des royaumes sudarabiques dès le premier siècle de notre ère, et au repli des Sabéens vers les hautes montagnes centrales où le climat est plus sain, des villes comme Zâfar, nommée capitale du royaume hymiarite, ou comme Sanaa deviennent prédominantes. Combien de villages et de villes qui ont compté dans cette histoire antique, possèdent encore aujourd’hui des pierres gravées, des colonnes et des chapiteaux antéislamiques ? Ils sont nombreux ! On peut supposer que le savoir-faire des hommes des plateaux semi-désertiques où se trouvaient ces grands royaumes s’est perpétué dans les montagnes d’Arabie.

Plus à l’est, dans la vallée du Hadramawt, une légende dit encore que Shibâm aurait été construite sur le plan de Shabwa. Son peuple auraient fuit à l’arrivée des Hymiarites. Des archéologues soulignent une certaine similitude topographique entre les deux villes (quadrillage, axe nord-sud,...). Il reste à le démontrer.

Les anciens Abyssins ne sont pas non plus étrangers à l’histoire du Yémen. A cause des attaques du roi juif Dhû Nuwâs contre leur garnison installée à Zafâr qui protégeait les chrétiens du Yémen et de Najrân, le négus Ella Asheba, allié à Byzance, rétablit en 525 la domination abyssine du royaume d’Aksum (situé au nord de l’actuelle Ethiopie, en face de l’Erythrée).

C’est encore dirigés par Abraha, leur gouverneur, que les Abyssins commencèrent vingt ans plus tard la dernière restauration du barrage de Maareb. Plusieurs inscriptions notamment sur le pilier nord subsistent et rappellent les énormes travaux entrepris, en vain. Alors qu’une cathédrale est érigée en plein Sanaa, il serait étonnant que ce peuple de constructeur et de grande religion n’ait pas influencé le Yémen. De nombreuses croix et motifs décoratifs présents dans des anciennes habitations sanaani-s rappellent ces temps reculés.

Invités par les Arabes, les Perses chasseront les Abyssins vers 575 et s’installeront au Yémen pour une cinquantaine d’années.

Il est largement prouvé que le Yémen a vécu des influences diverses lors des conquêtes essuyées, des découvertes et des échanges commerciaux dont il s’est nourri.

L’Islam a aussi permis de développer d’autres tendances, celles exprimées dans les arts décoratifs et non-figuratifs et aussi dans la construction des mosquées, des minarets et des coupoles.

Les deux occupations turques ottomanes, la première sous la conduite de Sulaymân Pacha, de 1538 à 1637 et la deuxième qui dura de 1849 à 1918 eurent des influences importantes dans de nombreux domaines : la politique, la justice, l’architecture, la décoration mais également dans l’alimentation avec l’apport de plats nouveaux.

La verticalité, une constance dans le pays

Tout visiteur dans ce pays est surpris de la constance verticale dans l’architecture yéménite. Nous essaierons ci-dessous de tracer un inventaire des différentes motivations et contraintes qui ont poussé les constructeurs Yéménites à construire des maisons-tours.

Essai de définition
L’habitation yéménite traditionnelle des villes et des villages se caractérise par une organisation très hiérarchisée, selon les étages, avec une affectation des pièces et des locaux très précise.

Dans les campagnes on rencontre des demeures dont l’organisation spatiale est plus simple que celle qui est présentée dans le tableau ci-contre. Dans le cas d’une habitation qui comprend trois niveaux, la définition des espaces se présentera ainsi : le rez-de-chaussée a la fonction de stockage et de l’étable, l’étage suivant est attribué au couples, aux femmes et aux enfants avec quelques pièces indispensables, comme un diwân, une chambre à coucher, une salle d’eau. Le dernier sera pour ainsi dire "le poste de vigie" qui est réservé à l’homme et à ses réceptions, certes moins nombreuses et moins animées qu’en ville. Dans les habitations modestes, le deuxième et dernier étage peut être destiné à contenir la famille entière. Il peut y avoir d’autres cas de figure, comme déjà rencontré, le rassemblement le soir d’une famille entière dans la même pièce. S’entassent alors les hommes, frères, cousins, et les garçons les plus âgés, parfois même les femmes. Chacun s’enroule dans sa couverture avec ses habits du quotidien, sur les tapis ou les nattes. Serrés les uns contre les autres, au nombre de 10 ou 15, en hiver, ou durant la forte saison des pluies, à 2800 mètres d’altitude, il y fait plus chaud...

Dans un humble village de Bani Matar, une petite famille (bien que le chef de maison soit le cheikh) occupe une habitation rustique et fortifiée, de faible dimension.

Le dernier étage comprend une salle d’eau, une cuisine et une pièce unique dont les attributions varient selon la journée : repas, qât, réception, coucher, ainsi qu’un agréable petit patio à l’entrée de la pièce, bordé de plantes vertes. Dans ce cas-là, la vie familiale est très différente de celle des villes ; le couple de paysans paraît plus unifié et solidaire, partageant en commun le travail aux champs, l’éducation des enfants et les même espaces dans la maison. Nous sommes loin des mœurs appliquées couramment dans les grandes demeures citadines, où la vie sociale est tellement structurée que les couples ne se rencontrent qu’à de rares moments de la journée, ou plus tard, dans la soirée.

Les constructions dans les montagnes De par sa situation géographique au climat tempéré, entre l’équateur et le tropique du Cancer, le Yémen bénéficie de courants de vents ascensionnels chargés de nuages et d’humidité qui proviennent de la mer Rouge et de l’océan Indien. De plus, les vents de mousson qui se manifestant deux fois par an, arrosent les montagnes dont le sol est souvent naturellement riche.

Ces paramètres ont offert à l’homme du terroir yéménite de pourvoir à sa conservation : climat tempéré, nature généreuse, montagnes pour s’isoler et se protéger, matériaux naturels disponibles pour construire des abris et des maisons.

Il lui aura fallu redoubler d’ingéniosité et de courage pour retenir cette eau si précieuse, qui doit irriguer des champs élaborés sous la forme de terrasse.

C’est pour ces raisons que la plus forte densité de population de ce pays (et de toute la péninsule Arabique), se trouve dans les montagnes, les hautes-montagnes et les hauts-plateaux.

Pourquoi construire des maisons-tours ?

La constance verticale de l’architecture yéménite traditionnelle trouve sa signification dans différentes notions d’ordre géophysique, politique, économique et social.

Tentons d’énumérer quelques paramètres qui expliquent cette verticalité originale :

Un pays très minéral

  • le choix d’un sol stable, comme de la roche, en abondance dans ce pays : basalte, grès, calcaires,...

Localisation

  • une localisation (souvent due à ce choix), située souvent aux sommets des collines et des montagnes, la terre arable étant ravinée.

Utilisation de l’espace au sol

  • l’utilisation minimale d’un espace précieux qui est déjà limité : la crête d’une montagne ou le sommet d’un piton.
  • Dans d’autres cas, pour des raisons diverses, comme dans la vallée du Hadramawt (où il y a des nappes phréatiques et un sol de qualité), il s’agira de se dissimuler dans le flan d’une falaise, ou même au bord du wadi (Shibâm). Un système régional de protection, sous la forme de château de de tours de guet peut palier à cet inconvénient.

Intégration

  • une intégration dans la montagne de façon à faire corps avec elle, et de se dissimuler le plus possible.

Une terre précieuse

  • le souci systématique d’éviter l’occupation de terre arable qui est destinée à la culture agricole et aux alpages. Ceci a permis de développer un système d’irrigation complexe, sous la forme de terrasses cultivées autour, ou en contrebas des habitations, ou des fortifications.

Matériaux locaux

  • les quelques matériaux contraignants locaux, comme la pierre et surtout le bois (constitué de troncs d’arbre), obligent de construire de petites pièces étroites et longues (oblongues), au lieu par exemple d’une seule, large et vaste pièce. Ce qui permet et incite à construire des maisons étagées avec de nombreuses espaces.
  • Les matériaux disponibles à profusion permettent de bâtir des édifices robustes qui défient le temps, les éléments et les hommes.

La famille

  • l’importance de la structure familiale traditionnelle : la famille est composée de dix à trente personnes et de sa filiation. Il est plus facile de contrôler et de protéger son clan (familial ou tribal), dans une maison-tour, que dans un ensemble d’habitations éparpillées.

Protection

  • la maison-tour permet une bonne rentabilité de l’occupation de l’espace vital. On peut alors adapter un système protecteur et défensif efficace.
  • moins de surface au sol permet une meilleure protection avec une meilleure maîtrise de l’espace.

Qualité de vie

  • la cohérence d’une maison-tour, très protégée à la base, à son entrée, aux premiers étages, permet de développer un confort aux étages supérieurs et une bonne distribution des pièces.

Un goût pour le défi, pour l’audace

  • l’homme a dû s’adapter à un milieu orographique chargé de contraintes. Non seulement, il s’est magnifiquement bien adapté à ces difficultés, mais parfois il les a recherché, comme pour se mesurer avec son environnement : constructions sur des pitons, des rochers, des falaises... Un certain goût pour l’originalité a ainsi crée un style !

L’union fait la force

  • des habitations regroupées offrent toujours de nombreux points positifs. Sur le plan visuel extérieur, elles dégagent d’abord une impression de puissance et parfois de dissuasion (Sanaa, Shibâm, Hadramawt, Thula, etc...). Il y a d’autres points importants : soutien et aide matériels, communication, pouvoir décisionnel, unité symbolique du clan...

Enfin, la verticalité en milieu contraignant

  • Protégé par les remparts, les habitants d’une cité n’ont pas d’autres choix que de bâtir des maisons à étage, aux ruelles étroites. D’autres critères d’ordre climatique, de qualité de vie tribale ou religieuse, etc... serons présentés plus loin dans cet ouvrage.

Aujourd’hui, le pays est en paix avec ses voisins et ses tribus. Ses frontières sont définitivement reconnues. Ses lois basées sur le droit coutumier, dictées par l’État, ou l’Organisation des Nations Unies sont appliquées.

La plupart des critères présentés ici n’ont donc plus vraiment de valeur aujourd’hui.

Les voies de communication, l’automobile, les conditions de travail, l’évolution des moeurs, la radio, la télévision, internet, le téléphone (fixe et portable !), etc.... sont autant de facteurs modernes qui ont irrémédiablement changé le mode de vie des yéménites. Cela, depuis seulement une trentaine d’années.

Mais il demeure dans ce pays, cette fabuleuse harmonie entre les sols, la nature, les hommes et leur architecture.

Présentation d’une maison-tour type des montagnes et des hauts-plateaux.
(présentation évidemment de haut en bas)

Terrasse : gubâ. Elle est parfois utilisée pour les activités ménagères du matin, l’aération des tapis, le séchage du linge, parfois pour l’égrainage. Il peut y avoir quelques plantes en pot (aromatiques, comme du basilic, du thym) ou ornementales (oeillets d’Inde).

6ème étage : (ou au dernier étage de toute maison-tour), cet étage est généralement l’endroit où il n’y a qu’une seule pièce, mais parfois une terrasse, une petite pièce, des toilettes, un débarras.

Cette pièce, appelée mafraj est destinée aux réceptions chez les hommes pour les parties de qât qui se déroulent que l’après-midi. De dimensions oblongues (3 mètres par 5 à 8 mètres, en moyenne), elle jouit de la meilleure vue (le sud) et du meilleur ensoleillement et donne parfois sur un jardin, bustân.

Elle est aussi isolée des désagréments divers comme le bruit de la rue, les tourbillons de poussières, les sons et les activités de la maisonnée. Les murs et les plafonds sont richement décorés de bas-reliefs et de motifs réalisés en stuc, des vitraux.

Au niveau du sol, les tapis, coussins et tentures contribuent au confort ambiant. Il y a aussi les narguileh-s, des photographies, des cadres aux nombreuses écritures théophores, mais peut-être un poster du Fuji-Yama, de la tour Eiffel ou de New-York, une scène de cascades en Suisse, un téléviseur, un ou des téléphones, une ou deux malles fermées. Les décorations extérieures sont riches et importantes.

4ème, 5ème étage : Ce ou ces étages sont plutôt réservés aux hommes, où il peut y avoir plusieurs pièces d’accueil comme le diwân, qui est richement décoré et de grande dimension. Si l’habitation est vaste, d’autres pièces plus petites appelées à Sanaa, kumma et zuhrah peuvent être réservées aux invités (s’il sont nombreux), ou pour être en petit comité, servir de salle à manger le temps d’un repas, et à l’occasion, de chambre d’hôte. A ces niveaux, il peut y avoir une petite pièce de réception qui est bien orientée, appelée mandâr. Il y a aussi une ou plusieurs chambres à coucher, makân, pour les couples avec un ou deux petits enfants ; d’autres, de taille réduite pour les grands enfants et garçons adolescents. Il y a une cuisine, matbah (ou dayma, à Sanaa), une salle d’eau et de toilette, hammâm, ou bayt al-lmâ. Il peut y avoir un patio à ciel ouvert, des samsiyyah-s aménagées et protégées (fenêtres à barreaux) pour les enfants en bas-âge.

Les façades sont richement décorées, avec des éléments fonctionnels comme le moucharabieh, et des subbâk-s (niches saillantes qui sont également utilisées pour réfrigérer des plats).

2ème et 3ème étage : ces niveaux sont plutôt destinés aux activités de la famille, et aux femmes. Le vestibule, Hizrah, peut être vaste et dans ce cas, servir à des activités journalières et jeux pour les enfants, à des petits-déjeuner et même des repas partagés en groupe. On peut y disposer d’un téléviseur rangé dans un placard fermé (afin que les enfants n’y touchent pas n’importe quand), des malles,...

Comme à chaque étage, le hizrah donne accès aux différentes pièces, un diwân, utilisé par et pour les réunions féminines (réception de qât, mariage), les chambres, (où il est de coutume de laisser ses chaussures à l’entrée), makân-s, ou kumma, la salle d’eau, hammâm, les toilettes, mithâr, ou zulî. Ces étages sont souvent utilisés par les personnes âgés, car ils sont moins fatigants d’accès, et les jeunes filles (qui peuvent leur tenir compagnie). L’extérieur de ces étages est assez peu décoré. Les baies sont munies de barreaux, pour protéger les petits enfants. Les vitraux ou les disques d’albâtre sont de faibles dimensions.

1er étage : cet étage aux larges murs de pierre a généralement la fonction de stockage. On y entrepose sans risque de dégradation (humidité, animaux nuisibles,...), les récoltes de légumes et céréales secs dans des sacs, des combustibles (bois découpé, bouteille de gaz en réserve), des ustensiles, ... Il n’y a presque pas de décoration extérieure, et très peu d’ouverture.

Rez-de-chaussée : L’unique porte d’entrée de la maison commande l’accès à l’intérieur. Elle donne sur un vestibule inférieur, dihlîz, qui peut être étroit ou vaste. Ce vestibule qui n’a que quelques petites baies ou meurtrières, est volontairement très sombre pour des raison de protection. Dans les villes et villages de campagnes, il y a souvent une étable, et il est même possible d’y faire pénétrer du bétail pour la nuit, comme un troupeau de moutons ou de chèvres (et même un ou deux dromadaires, ce qui bien exceptionnel de nos jours).

Si la maison-tour donne sur la rue, il peut y avoir au rez-de-chaussée une petite boutique intégrée.

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