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L'univers de l'Espace
Reine de Saba










Le Calendrier Romain des Origines à César

liaison entre les calendriers, dont le Julien pratiqué en Ethiopie


Cet article – inédit et passionnant - nous a été communiqué récemment par un de nos visiteurs que nous remercions.

Le calendrier romain était, à l’origine, lunaire : il comportait 10 mois de 29 ou 30 jours, et durait 295 jours. L’année commençait en Mars et s’achevait en Décembre, qui était bien le dixième mois à l’origine. Numa Pompilius va apporter (vers 700 avant J.-C.) une première correction en ajoutant 2 mois, Janvier et Février, l’année commençant toujours au 1er Mars. Lorsque César arrive au pouvoir, le calendrier romain comporte 355 jours.

Notons au passage que le calendrier musulman, qui est lunaire, et dont les règles sont fixées dans le Coran, a dû subir des évolutions du même ordre, puisque deux mois (Rabi et Djoumada), existent en double ; les règles compliquées de ce calendrier ne comportent pas de correction solaire, et du fait de sa durée moyenne de 354 jours, les fêtes (et en particulier le mois de Ramadan) parcourent dans un cycle de 33 ans la totalité de notre calendrier solaire.

César va doter Rome en 46 avant J.-C. d’un calendrier purement solaire. Suivant les recommandations de l’astronome Sosigène, il entérine les découvertes d’Hipparque, en 130 avant J.-C., qui avait calculé une durée de l’année solaire de 365 jours un quart.

Le nombre de mois étant resté à 12, César module leur durée pour arriver à 365, et ajoute tous les 4 ans, sans exception, un 6ème jour bis avant les calendes de Mars, « bis sexto ante calendas martias » le jour bissextile. Il fixe aussi au 1er Janvier le début de l’année, faisant ainsi perdre aux mois de Septembre à Décembre le sens de leur dénomination.

Notons aussi que ce calendrier est proche dans l’esprit de celui des égyptiens, qui comportait depuis des siècles 365 jours ; les astronomes connaissaient la durée exacte de 365,25, mais ne purent l’imposer au peuple qu’à la fin du second siècle après J.-C..

Ce calendrier comportait 12 mois de 30 jours, plus 5 jours supplémentaires, dits « épagomènes » (ou 6 les années bissextiles après le second siècle). L’année commençait le premier du mois de Thot, jour sacré correspondant à l’origine au solstice d’été, à la crue du Nil et au « lever héliaque de Sirius ». Du fait de l’année de 365 jours que les égyptiens persistent à suivre très longtemps, le 1er Thot a dérivé, jusqu’à l’adoption du jour bissextile ; le 1er Thot tombait alors le 29 Août, qui est alors devenu le premier jour de l’année copte.

Donc on le voit, Occident et Orient ont lorsque apparaît le Christianisme, des principes très voisins concernant le calendrier.

LA QUESTION DE PAQUES ET L’INVENTION DES ERES

Le problème posé par le calcul de la date de Pâques va entraîner des changements, non pas dans le calendrier, mais dans la recherche d’un point de départ fixe.

Dans l’Empire, on compte les années, soit par la fondation de Rome (« ab Urbe condita »), soit par le nombre d’années de règne du souverain (ce qui, soit dit en passant, devait être épuisant au troisième siècle, lorsque la durée des règnes dépassait rarement 5 ans !).

Mais Pâques est lié à la lune de Printemps, et modéliser un événement lunaire dans un référentiel solaire s’apparente un peu à la quadrature du cercle. Longtemps, on utilisera un système basé sur des cycles très imparfaits de 8 ans pour ces calculs.

Anatole, évêque de Laodicée à la fin du troisième siècle (après J.-C.), va proposer une méthode pour répondre aux différentes exigences posées par l’Eglise : Pâques doit être un dimanche, après l’équinoxe astronomique de Printemps. D’autre part, il va utiliser le cycle de 19 ans découvert par Méton vers 500 avant J.-C..

Celui ci a établi que, pour un jour donné (le premier de l’an), l’âge de la lune en jours (que l’on appelle « épacte »), se reproduira exactement au bout de 19 ans.

Nous sommes vers 300/304, le souverain régnant est Dioclétien, dont les années de règne servent de référence. Or, le début de règne de ce souverain (284 après J.-C.) correspond à une année sans épacte (année où la lune est nouvelle au premier de l’an).

C’est une date idéale pour commencer à compter selon des cycles de 19 ans. Donc les Alexandrins vont créer l’« ère de Dioclétien ». Mais voilà que Dioclétien, jusqu’alors tolérant, mais vieillissant, malade (il abdique en 305), et soumis de plus en plus à l’influence néfaste de son gendre et césar associé Galère, se lance dans une persécution sans précédent des Chrétiens. Embarras à Alexandrie, où l’on trouve cependant la parade : l’ « ère de Dioclétien » devient « ère des Martyrs de Dioclétien » ou « ère des Martyrs ». C’est toujours ce point de départ qui est utilisé par les coptes d’Egypte, pour lesquels nous sommes donc en 1716. Les églises continuent à fixer des dates de Pâques différentes selon leur méthode propre.

Au concile de Nicée, en 325, aucun compromis n’est trouvé, sauf la fixation de l’équinoxe de Printemps au 21 Mars au lieu de la vieille date du 25 Mars. Le cycle de 19 ans n’est donc pas retenu.

Vers 400, toujours à Alexandrie, le moine Ananios tente de raccrocher l’ère des Martyrs à une chronologie universelle. Par des calculs très approximatifs, il fixe la naissance du Christ au 25 Décembre de l’an 5501 après la création du monde (laquelle création est « par définition » une année d’épacte nulle).

Ces nouveaux points de départ constituent soit l’« ère d’Ananios » (à partir de la création du monde), soit l’« ère de l’Incarnation » ecclésiastique 5500 ans plus tard, cette dernière étant toujours en vigueur chez les éthiopiens, pour qui nous sommes en 1992 après la naissance du Christ (voir ci après la raison de l’écart).

En 451, le concile de Chalcédoine consacre un schisme entre Rome et les églises coptes égyptienne et éthiopienne : ces églises, dites non chalcédoniennes (parce que monophysites), sont excommuniées.

Vers 525, à Rome, un moine archiviste de Rome, Dyonisios Exiggus (Denys le Petit), effectue, sur la demande du pape Jean 1er, un travail de compilation des conciles pour rechercher des solution pour le calcul de Pâques. Tombant sur les délibérations du concile de Nicée, il est enthousiasmé par le travail des Alexandrins sur le calcul des cycles de 19 ans. Mais il est impossible de faire adopter la proposition de ceux qui sont maintenant des hérétiques !

Donc Denys va avoir une idée géniale : il fabrique un faux attestant que le concile de Nicée a bien agréé ce calcul, jamais appliqué toutefois ! Jean 1er accepte la solution, baptisée « formule de Nicée », soit « Pâques est le Dimanche qui suit la pleine lune calculée après l’équinoxe du 21 Mars ». Denys va aussi reprendre les travaux d’Ananios, et « perfectionner » le calcul de l’ère.

Pour rendre le système parfait, il fixe comme année de départ celle de la naissance du Christ, comme dans l’ère de l’Incarnation copte, mais pour lui celle ci ne peut être pour la beauté de la chose qu’une année d’épacte nulle ! Pour ce faire, il recule de 8 ans le calcul d’Ananios, pour trouver l’année la plus proche d’épacte nulle (le point de départ - la création du monde - étant inchangé). Jésus dans ce nouveau système est né le 25 Décembre 4992 ; l’ère des Martyrs, commençant en 277 chez Ananios, commence en 284 pour Denys. D’où la différence avec le calendrier éthiopien.

On le voit bien, aucun souci d’ordre historique n’entre dans ce calcul (d’ailleurs, Hérode le Grand étant mort en 4 avant J.-C., la réalité serait plutôt vers - 6 / - 4 pour la naissance de Jésus), même s’il est un peu moins faux que celui d’Ananios ! Mais cependant, cette proposition de compter en AD (Anno Domini) mettra plusieurs siècles à s’imposer, finalement en Occident sous Charlemagne.

Au passage, je voudrais expédier rapidement l’irritante question du millénaire. Le premier siècle et le premier millénaire de l’ère chrétienne ont débuté le 1er Janvier de l’an 1 (le jour précédent était le 31 Décembre - 1), ce calendrier - pas plus qu’aucun autre - ne comportant d’année « 0 ». Le second siècle a donc débuté le 1er Janvier 101, le second millénaire et le XIéme siècle le 1er Janvier 1001....De même, le XXIéme siècle et le troisième millénaire ont commencé le 1er Janvier 2001.

DE DENYS A GREGOIRE

Nous avons donc à ce moment là, et pour 1000 ans, trois calendriers, qui sont des calendriers de type solaire à 365,25 jours :

  • le julien, tel que nous le connaissons, débutant le premier Janvier, avec ses jours bissextiles. Et l’ère des AD, généralisée autour de 800, qui nous met en 2000 ;
  • les deux calendriers coptes, commençant le premier Thot (29 Août), avec ses 5 ou 6 jours épagomènes, comptant, soit selon l’ère des Martyrs pour les égyptiens (nous sommes en 1716), soit selon l’ère de l’Incarnation calculée par Ananios pour les éthiopiens (ce qui nous met en 1992), qui évoluent de façon parallèle...

Mais en 1582, Grégoire XIII prend acte de la dérive (déjà constatée officiellement au concile de Florence en 1414, mais sans qu’une action soit faite) liée à la (petite) inexactitude commise sur la durée de l’année solaire, qui n’est pas de 365,25 jours, mais de 365, 2422 jours. D’où une erreur de 0,0078 jours par an, mais quand même de 0,78 jours par siècle...

En rajoutant 1 jour bissextile tous les 4 ans, on corrige un peu trop par rapport à 365, et au bout de 1600 ans, le décalage constaté entre l’équinoxe de Printemps et la date du 21 Mars est de 10 jours environ. Alors, le pape décide de rayer de la carte ces 10 jours de trop : le lendemain du 4 Octobre 1582 sera donc le 15 Octobre 1582 !

Pour rendre sa réforme efficace à long terme, le pape décide donc de corriger l’immuable jour bissextile ; en enlever 1 par siècle est un peu trop fort (puisque l’écart n’est que de 0,78 jours par siècle) ; en enlever 3 tous les 4 siècles est donc plus correct (l’erreur résiduelle est de 0,78 - 0,75 = 0,03 par siècle, soit .....3 jours tous les 10 000 ans !).

Le nouveau calendrier stipule donc que les années en 00 en seront pas bissextiles, sauf tous les 400 ans (1600 étant bissextile, 1700, 1800 et 1900 ne le furent pas, mais 2000 l’a été !).

DE GREGOIRE A NOS JOURS

Seulement, la réforme sera plus difficile à généraliser dans ces périodes troublées ; adoptée très vite en Italie, en Espagne, elle gagnera plus difficilement les pays protestants, qui « préfèrent avoir tort avec le soleil que raison avec le pape » dont l’Angleterre ; ceci explique par exemple que Cervantès et Shakespeare, réputés morts le même jour (23 Avril 1616) soient en fait morts à 10 jours d’intervalle... L’Angleterre sera d’ailleurs un des derniers pays à adopter la réforme, en 1752, et devra donc retirer 11 jours (les 10 initiaux, plus celui de l’année non bissextile que fût 1700) : ceci déclenchera de véritables émeutes pour protester contre ces jours « volés » !

Quant aux pays orthodoxes et coptes, ils ignorent la réforme. La Russie soviétique l’adopte en 1923, mais c’est alors 13 jours (les 10 initiaux, plus ceux des années non bissextiles 1700, 1800 et 1900) qu’il faut retrancher. La « Révolution d’Octobre » doit alors être commémorée...en Novembre.

Les orthodoxes ont eu alors des politiques différentes : les russes en particulier ont continué de célébrer toutes leurs fêtes selon l’ancien calendrier julien (fêtes fixes - par exemple Noël le 25 Décembre julien, en fait 7 Janvier grégorien - et fêtes mobiles) ; ceux dépendant du patriarcat de Constantinople ont les fêtes fixes selon le calendrier grégorien (c’est à dire Noël le 25 Décembre grégorien), et les fêtes mobiles selon l’ancien calendrier (Pâques calculé selon la même méthode, mais avec une équinoxe de Printemps qui se trouve maintenant le 3 Avril de notre calendrier, et l’écart peut alors atteindre une lune, soit 4 semaines).

Pour les coptes, le 1er Thot s’est retrouvé glisser du 29 Août au 8 Septembre, puis au 9, au 10 et au 11 (date actuelle).

Ce calendrier grégorien est certes juste dans la durée, mais bien sûr, des petites fluctuations existent d’un côté ou d’un autre. Ainsi, l’équinoxe de Printemps est située plutôt au 20 Mars qu’au 21, comme l’attestent nos calendriers. Cependant, l’église n’a pas modifié la date de référence pour le calcul de Pâques, qui reste fixée au 21 Mars. Le cas de l’an 2000 était intéressant à cet égard : la lune était nouvelle le lundi 20 Mars, donc, sur un plan strictement astronomique, Pâques devrait être le dimanche suivant, le 26 Mars ; mais si l’on retient la date du 21 Mars, il faut aller chercher la lune nouvelle suivante, le mardi 19 Avril, et Pâques a été célébré le 25 Avril !

NB : le vieux calendrier iranien (zoroastrien) est le plus précis de tous (en moyenne il fait 365,2421 jours).

Documents joints

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    Le calendrier romain des origines à César

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