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Reine de Saba











SOCOTRA, SUQUTRA, DIOSCORIDOS...

découvrir cette île inconnue

Socotra, île du Paradis ?... État des lieux

Par José-Marie Bel Expert du Yémen, Socotra et la Corne africaine Article paru dans le journal « Reine de Saba infos » en fin 2004 (publié sur notre site en mars 2009) Et envoyé aux autorités yéménites à Paris (Ambassade du Yémen) et à Sanaa (Ministère de la Culture et du Tourisme).

Alors qu’un petit réveil d’intérêt se manifeste dans cette région et que nous programmons (comme chaque année) deux voyages au Yémen et à l’île de Socotra , il est intéressant de vous parler de cette île bien peu connue.

Nous programmons depuis 10 ans des voyages de découverte de cette île, et sommes sans conteste les plus expérimentés sur cette île. D’ailleurs, il y a un peu plus de deux ans, nous avions présenté pour la première fois en France (faut-il le dire, notre rôle innovant et de secoueur d’idées...), une très belle exposition sur « Socotra, île merveilleuse, île mystérieuse », assez peu visitée malgré ce joli titre, car public et certains journalistes ont pensé qu’il s’agissait d’une exposition sur les foyers Sonacotra ! Signe de haut degré de culture ! Nous voyons donc depuis 1999, date de réalisation d’une immense piste d’atterrissage et plus tard d’un véritable aéroport, un net changement dans cette île.

Deux parties principales nous intéressent : La vie traditionnelle et actuelle des habitants, et le devenir de l’île. Influence de la modernité, et impact touristique.

Cette île oubliée du monde, à juste titre car difficile d’accès en raison de ses vents et climats très durs durant six mois (avril-septembre), l’a été d’autant plus pendant la période de guerre froide et d’annexion de l’ex-Yémen du Sud au régime communiste, laissant croire la présence de base nucléaire à la James Bond, de 1967 à 1990. Il n’en a rien été. Jusqu’en 1999, date de création de la ligne régulière de la compagnie Yemen Airways Sanaa/Aden/Ryan (Mukalla)/Socotra, l’île n’était desservie qu’épisodiquement et moyennant prix fort (pour les étrangers) par des avions militaires yéménites. Depuis des années et surtout les années 1990 (guerre et troubles somaliens), cette île a la malheureuse réputation d’être infestée de pirates prêts à arraisonner tous bateaux, paquebot, cargo ou navire de plaisance. Il n’en est rien ! mais la rumeur persiste, hélas. Car à mon expérience personnelle, il n’y a pas plus paisible que le peuple socotri, et jamais aucun marin n’aurait l’idée, l’audace et certainement pas les moyens de se lancer dans une telle aventure monfreidienne. Cependant, il semble vrai que cette pratique existe sur certaines côtes somaliennes et en mer Rouge, pour ne citer que cette région. Alors, elle fait peur. Depuis donc l’arrivée des avions et l’amélioration du petit port, le grand débarquement s’est lancé à l’assaut de l’île : les Yéménites du nord ont investi Hadibû en construisant à leur manière, ouvrant boutique, introduisant l’usage du qât, installant l’électricité, introduisant la télévision par satellite, et aussi le (très) haut-parleur des nouvelles mosquées. Des routes en asphalte sont rapidement construites (environ 100 kms à la date d’aujourd’hui) alors qu’il n’y avait que des pistes il y en encore 2 années. Dispensaires, écoles et mosquées fleurissent aussi ici et là un peu partout. Le gouvernement yéménite, encouragé par la Banque Mondiale et des bourses à sous ( ?) développe les investissements.

Mais qu’en est-il des Socotris ahuris ? Etonnés ou perplexes ? Oubliés du monde, forcés pour certains à devoir s’exiler dans les Émirats pour subvenir aux besoins familiaux, ils regardent le « monde » s’intéresser à eux, et bien sûr d’une manière intéressée. J’ai donc lors de mes derniers séjours, vu des occidentaux, et moyen-orientaux et japonais, passer trois jours sur l’île afin de prospecter, et étudier dans quel domaine ils pourraient « aider » cette île. Bonnes intentions croyez-vous ? Cependant, largement soutenu par nombre d’experts et institutions scientifiques occidentales (dont les dynamiques anglais et écossais), le Yémen et des associations insulaires ont pris conscience que la précieuse île pouvait jouer une carte dans la pensée écologique planétaire. Oui, Socotra est un joyau naturel extraordinaire, et il convient de la protéger. Certes. Mais contre qui ? Certainement pas contre les Socotris qui eux ont toujours adoré leurs plantes, leur sol et les astres, avant qu’on ne leur disent, il y a peu, qu’il leur fallait aimer un dieu unique, Allah (c’est purement authentique). Alors, contre qui ? Depuis le début du XXème siècle, militaires, colons et chercheurs anglais ont séjourné sur cette île, mais n’ont rien fait de marquant mis à part la construction de quelques bâtiments lourds et inesthétiques, dont aujourd’hui le futur mythique SummerLand Hôtel, ex-bâtiment administratif, ex-prison, nouvellement restauré. Brian Doe (« Socotra, the Island of Tranquility », Himmel pub.) y a fait de nombreux séjours. (Mais) Voilà comment des experts internationaux et yéménites ont jeté la suspicion sur les quelques rares étrangers visiteurs parce que des botanistes ont pris des plants de plantes rares. (Vous ne pouvez pas imaginer comment), on nous prévient dès notre arrivée sur l’île que nous serons surveillés et fouillés au départ à l’aéroport d’Hadibû, et que même durant votre séjour ici et là, dans les hauts-plateaux des informateurs socotris, des gens de tribus doivent aller au rapport sur faits et gestes des touristes. Là, c’en est trop ! Car la paranoïa gagne et contribue à créer un malaise gênant.

J’avais, (en son temps), il y a 7 ans déjà porté réclamation aux autorités yéménites sur de tels actes : fouilles au corps et attentives des bagages, et à nouveau, il y a encore deux ans, des fouilles corporelles inadmissibles sur les femmes (par des femmes, rassurez-vous). Je préconise d’urgence qu’une prise de conscience soit faite à ce sujet. Il est vrai que des botanistes passionnés sont tentés d’effectuer des collectes (il est vrai qu’un botaniste du Museum National d’Histoire Naturelle de Paris en a fait les frais). Ils doivent se déclarer, mais cela prend du temps et ceci est très complexe à distance. Après les pillages anglais et de quelques autres personnes avant l’instauration de ces règlements (légitimes après de tels excès) par les responsables du très rutilant immeuble du Socotra Conservation Fund, il serait temps qu’on en finisse avec des tels actes affligeants et humiliants. Je préconise très simplement que cet office puisse offrir, moyennant finance, la vente de graines de plants socotris. Ainsi, il serait possible de satisfaire tout le monde. Les bédouins et paysans prendraient conscience que la préservation de l’île passe aussi par la plantation de certaines populations, en voie de disparition -pour plusieurs raisons dont le surpeuplement de chèvres sauvages- (qu’ils pourraient faire), et par des récoltes de graines et semences. Leur vente permettrait ainsi de financer des projets purement locaux. La dispersion de graines d¹une région donnée destinée à des collectionneurs avertis, des laboratoires ou des Museums, n’a jamais fait de tord au lieu d¹origine. La paranoïa (ou la sur exaltation de l’égo) locale vivement encouragée par certains occidentaux s’en trouverait atténuée. Depuis peu, il existe bien une boutique tenue par de dynamiques jeunes femmes parlant fort bien l’anglais qui mettent en vente (à prix non modéré) leurs produits régionaux : tapis, poteries, miels. Afin de finir cet « épineux » débat : abordons un point que je considère bien plus grave : qu’en est-il de la prestigieuse, scandaleuse route au prix exorbitant qui continue son tracé, depuis la région des plaines basses du centre-nord et qui, sous peu, doit atteindre la région centre-sud. Financée avec des moyens colossaux, les monstres mécaniques défoncent sans gêne aucune, des arbres endémiques et millénaires dont l’origine remonte à la nuit des temps. Adenium, encensiers, myrrhiers et dragoniers en font les frais et agonisent lamentablement dans des fossés, sous les regards qâteux des ouvriers indifférents. Sous couvert d’apport de la modernité, d’éduquer et « évangéliser » des peuples simples, on contribue encore une fois à perturber tout un système.

L’objet de cet article n’est pas de polémiquer mais de décrire de dénoncer et de mettre à jour une telle pratique. Nous mettons en garde des actions qui risqueraient de « tuer la poule et à la fois les œufs », car il n’est pas simple d’aller à Socotra. Coût supérieur en avion (300 euros), autorisations, location à prix fort de 4 X4 avec chauffeur, organisation totale puisqu’il faut acheminer presque tout du continent, un séjour de 15 jours au Yémen + Socotra (une semaine) s¹élève à 3000 euros, au moins.

Présentation Générale

SOCOTRA : L’île de Socotra, ou Soqotra (en sanscrit « Dwipa Sukhara », « île de la Béatitude » ou « la Bienheureuse »), la plus grande des îles du Yémen, qui a 3626 km2, se situe dans l’océan Indien à la pointe de la corne de l’Afrique, du cap Guardafui ; non loin des routes maritimes entre la mer Rouge, l’Afrique de l’est, le golfe Persique et l’Inde. Elle est la plus proche de l’Afrique, le cap Guardafui, ou cap des Aromates.

Cette grande île qui est à 800 km d’Aden et 480 km de Mukalla, la grande ville yéménite située à son nord, au bord de l’océan Indien (ou plutôt mer d’Arabie), a environ 125 km de long sur 42 km de large au maximum. Elle ressemble à un long fuseau d’est en ouest. Elle est exactement en face de la frontière yéméno-omanaise, au sud-sud-est du ras Fartak, distante de 380 km. Il faut deux à trois jours de boutre odoriférant (odeurs de requins séchés à l’air ambiant mêlées aux vapeurs de mazout du moteur ; le boutre, appelé dhow ou sambuk est un voilier à voile latine régional), pour arriver à la capitale Hadibû, vague grand bourg endolorie qui ressemble la plus forte population de l’île, soit environ 15 000 âmes sur une cinquantaine dit-on encore (certains prétendent que l’île a 80 000 habitants).

La langue des Socotris (ou Socotrans) est un dialecte endémique local, langue suqutri, non écrit, donc uniquement verbal, qui a tendance à disparaître depuis surtout l’unité yéménite (mai 1990) et l’arrivée plutôt massive d’immigrants venant du continent. A l’époque des différentes formes de protectorats anglais (1839-1967), Socotra faisait administrativement partie de la province de Mahra, à l’est de Mukalla, sous la tutelle du « Sultanat de Mahra, Qishn et Socotra », puis dès l’indépendance du Protectorat et des Sultanats du Yémen du sud, le 30 novembre 1967, elle fut rattachée à la République Démocratique et Populaire du Yémen. Depuis le 22 mai 1990, Socotra et ses îles voisines font partie intégrante de la République du Yémen (Fierté du Yémen unifié, qui ne loupe jamais de l’inclure dans tout message iconographique, images à la télévision, timbres poste, etc…).

Cette île est essentiellement composée de deux longs plateaux calcaires qui ont entre 300 et 900 mètres d’altitude, séparés presque au centre par un plateau aux gorges profondes et verdoyantes non loin de montagnes métamorphiques composées de calcaires, granites et basaltes, dont le plus haut sommet, le massif du Jebbel Haggier culmine à 1505 m. Grâce à sa géologie, à ses plateaux et montagnes et à ses crêtes abruptes, elle attire et bloque les nuages qui créent ainsi des zones à fort taux d’humidité et des précipitations, favorisant ainsi le développement d’une flore endémique. Pendant les moussons, de mai à septembre, certaines collines et montagnes qui ont seulement 150 m de haut sont dans les nuages, tandis qu’une autre partie de l’île reste quasi désertique, bénéficiant parfois, surtout dans les régions côtières, de l’humidité provenant des vagues jetées violemment contre les rivages.

Une Nature unique au monde : faune & flore endémiques

L’île de Socotra possède une faune et une flore, pour certaines endémiques,exceptionnelles. Depuis plus de 3000 ans, elle s’est rendue célèbre pour ses arbres à encens et à myrrhe, ses sang-dragons et ses aloès. Outre des espèces d¹encensiers peu communs, Boswellia elongata L., Boswellia nana H., Boswellia popovian H., il y a des dragonniers, Draceana cinnabari, qui commencent à croître à partir de 300 m. d’altitude autour du Jebbel Haggier. Ces arbres qui remontent à la nuit des temps (soit à l’époque des dinosaures), sont inchangés. Ils impressionnent par leur panache en forme de parapluie (ou ombrelle) géant, pouvant atteindre une hauteur de 10 m, et un diamètre de ses branches paraissant entrelacées de 15 m. D’autres arbres sont extrêmement curieux : Dencrosicyos socotranus, un pachydium, appelé vulgairement « arbre concombre », un curcubitacé à énorme tronc gris dont les fruits sont suspendus à de frêles branches, Adenium obesum ssp., un pachypodium appelé aussi trop vulgairement « arbre bouteille ou pied d’éléphant », au tronc fort semblable mais à l’aspect général tortueux et à l’inflorescence joyeuse ressemblant à un bouquet de fleurs de laurier rose. Le Dorstenia Giga ressemble aux deux précédents. Un nombre d’espèces existantes dans toutes les régions de l’île, certaines sont encore inconnues. Trois espèces endémiques d’Aloès ont aussi donné à cette île une renommée mythique, Aloe perryi, Aloe forbesii, A. squarrosa. Cette dernière ne pousse qu’à l’extrême ouest de l’île.

Socotra possède aussi une faune insulaire rare où vivent six espèces et une douzaine de sous-espèces d’oiseaux. Dans certains biotopes, vivent des espèces d’insectes peu connues voire inconnues. C’est le cas de Lépidoptère Rhopalocère (papillon de jour), Hérétocère (papillon de nuit) et d’autres coléoptères.

Les rivages côtiers composés de récifs rocheux, de massifs coralliens, d’immenses bancs de sable et de lagons, possèdent une flore et faunes aquatiques d’une richesse impressionnante. Outre les requins et poissons géants, il n’est pas rare de rencontrer des tortues, cachalots et baleines, et de pouvoir se baigner parmi 100 dauphins.


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